La foi et l’église sont-elles des chemins d’espérance pour le monde contemporain ?
Frère Samuel nous a déjà enseigné sur la grande fragilité de notre monde et les immenses défis auxquels il fait face ; d’un point de vue économique, social, environnementale, éthique.
La foi chrétienne peut-elle être une réponse efficace, crédible à ces défis ? Quelles responsabilités les chrétiens pourraient avoir dans la conduite plus harmonieuse de nos sociétés. Être catholique peut-il avoir une signification aujourd’hui pour notre monde ?
Les vertus théologales sont la foi, la charité et l’espérance. Quelle espérance le chrétien apporte-t-il au monde ?
L’espoir est humain. Il repose sur l’analyse. Il est nécessaire mais peut se tromper. L’espérance repose sur la promesse de Dieu, la certitude d’avoir été choisi par Lui, par amour.
Aucun homme ne peut vivre sans espérance. L'espérance est autre chose que l'optimisme, qui consiste à penser que les choses finiront bien par s'arranger. L'espérance va plus profond et plus loin. Elle est une attente orientée vers l'avenir; elle est convaincue que la monotonie souvent pesante de la vie quotidienne, l'inégalité et l'injustice, le mal et la souffrance, n'auront pas le dernier mot et ne sont pas la fin de tout
L'espérance suppose que la réalité est ouverte sur un avenir meilleur. L'attente d'un monde nouveau reste à vrai dire ambiguë. Beaucoup d'hommes sont aujourd'hui inquiets devant les menaces qui planent sur l'avenir de l'humanité.
Une espérance purement terrestre se heurte au fait de la mort. Mais l'humanité n'a jamais pu vraiment se résigner à l'évidence de la mort. Toutes les religions, d'une manière ou d'une autre, nous font entrevoir un au-delà de la mort. Cependant, la question de notre avenir n'est pas seulement une question religieuse; elle est aussi une question fondamentale de la pensée humaine. Elle est inséparable de la question du sens de notre existence: qu'est- ce qui reste, qu'est-ce qui compte vraiment, quel est le sens de la vie, du monde, de l'histoire? Pourquoi sommes-nous sur terre?
Le chrétien doit-il se préserver du mal et opérer en autarcie, ou bien se donner corps et âme pour accompagner ses compagnons dans les difficultés de l’aventure sur terre ? Doit-il s’arc-bouter sur son statut de créature sauvée et ignorer le malheur de ses congénères ?
Entre la promesse d’amour de Dieu et la vie ordinaire, il y a apparemment un fossé. On peut regarder tellement la Promesse que l’on éprouve plus d’angoisse ni de peur et que la souffrance et la mort ne sont plus regardées comme ce qu’elles sont : un mal. On peut regarder tellement les difficultés de la vie que l’on ne sache plus quel est le sens de la Promesse. L’espérance est ce qui permet de regarder les 2 à la fois. Le regard de l’espérance accepte l’angoisse, mais dans la paix. L’espérance porte chaque homme et chaque société à s’interroger sur eux-mêmes et à découvrir cette tension entre la réalité et la Promesse : c’est là que naît une qualité d’être, un dynamisme vrai qui résiste aux échecs.
Espérer, c’est porter en moi l’assurance intime que, quelles que puissent être les apparences, la situation intolérable qui est présentement la mienne ne peut pas être définitive, elle doit comporter une issue. Facile à écrire, pas facile à vivre bien sûr.
A la racine de l’espérance, il y a quelque chose qui nous est littéralement offert ; mais nous pouvons nous refuser à l’espérance (comme à l’amour) ; et sans doute pouvons-nous aussi renier l’espérance, comme nous pouvons renier et dégrader notre amour.
L’espérance biblique et chrétienne ne signifie pas une vie dans les nuages, le rêve d’un monde meilleur. Elle n’est pas une simple projection de ce que nous voudrions être ou faire. Elle nous porte à voir les semences de ce monde nouveau déjà présentes aujourd’hui, à cause de l’identité de notre Dieu, à cause de la vie, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Cette espérance est en plus une source d’énergie pour vivre autrement, pour ne pas suivre les valeurs d’une société fondée sur le désir de possession et de compétition.
Dans la Bible, la promesse divine ne nous demande pas de nous asseoir et d’attendre passivement qu’elle se réalise, comme par magie. Avant de parler à Abraham d’une vie en plénitude qui lui est offerte, Dieu lui dit : « Quitte ton pays et ta maison pour la terre que je te ferai voir » (Genèse 12,1). Pour entrer dans la promesse de Dieu, Abraham est appelé à faire de sa vie un pèlerinage, à vivre un nouveau commencement.
Les croyants vivent une solidarité profonde avec l’humanité coupée de ses racines en Dieu. Écrivant aux Romains, Saint Paul évoque les souffrances de la création en attente, les comparants aux douleurs de l’enfantement. Puis il continue : « Nous aussi, qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons intérieurement. » (Romains 8,18-23). Notre foi ne nous met pas dans un état privilégié, hors du monde, nous « gémissons » avec le monde, partageant sa douleur, mais nous vivons cette situation dans l’espérance, sachant que, dans le Christ, « les ténèbres passent et que déjà luit la lumière véritable » (1 Jean 2,8).
Espérer, c’est donc d’abord découvrir aux profondeurs de notre aujourd’hui une Vie qui va de l’avant et que rien ne peut arrêter, sûrement pas les difficultés, les épreuves, les défis du monde tel qu’il nous les propose aujourd’hui.
C’est encore accueillir cette Vie par un oui de tout notre être. En nous lançant dans cette Vie, nous sommes conduits à poser, ici et maintenant, au milieu des aléas de notre existence en société, des signes d’un autre avenir, des semences d’un monde renouvelé qui, le moment venu, porteront leur fruit.
Marianne de Boisredon (dernier édito sur le site) pose la question : « Comment insuffler un esprit chrétien dans tout ce que nous vivons au quotidien. Pour éviter la dichotomie entre chrétien le dimanche et vie professionnelle familiale ou civique sans lien la semaine » ?
Jean Renaud d’Elissagaray |