La vie est-elle otage de la morale ?
L’obtention toute récente du prix Nobel de médecine pour des chercheurs travaillant sur les cellules souches place notre prochaine conférence au centre de l’actualité.
Un dépliant déposé récemment dans ma boîte aux lettres m'interrogeait directement : La vie est-elle toujours un bien ? Toute vie vaut-elle le coup d'être vécue ? Naître peut-il être un malheur ? Quand commence, quand finit la vie ? L'eugénisme est-il un mal nécessaire ? Ce qui est légal est-il forcément moral ? La vie est un droit de l'homme. Et la mort ? Doit-on protéger la vie pour l'avenir de l'humanité ? La vie est-elle sacrée ?
Plutôt que d'élaborer sur le thème difficile notre prochaine conférence, je voudrais reprendre quelques remarques de participants des conférences de Samarie, qui me sont revenues aux oreilles depuis que le sujet est connu (tranche de vie).
MANIPULATIONS GENETIQUES
- « Les manipulations génétiques nous feraient perdre nos capacités d'adaptation et entraîneraient à longue échéance l'extinction des êtres humains. Le danger de ceci est que nous perdions notre capacité à survivre face à des changements ou face à l'apparition d'une nouvelle maladie »
- « Nous avons la possibilité de sauver quelques vies grâce aux manipulations génétiques. Cependant, l'abus à longue échéance pourrait plus nuire à l'homme que l'aider. La principale conséquence de l'abus dans ce domaine serait la perte de notre diversité génétique ».
- « Entre le code génétique du chimpanzé et de l’homme, il n’y a que 2% de variation. Si l’homme se met à modifier son patrimoine génétique, que va-t-il engendrer ? Des êtres mi-homme mi-animal ? mi-homme mi-ange ou démon ? Dans la Genèse au chapitre 1 nous apprenons que Dieu a créé des êtres ‘selon les espèces’, donc avec des barrières précises.. que l’homme est en train de franchir ».
- « L’identité d’un individu ne se réduit pas à son programme génétique ; au contraire tout biologiste sérieux reconnaît que ce programme produit des effets très différenciés, en interaction avec l’environnement cellulaire, biologique, culturel et social de l’individu vivant. Ainsi l’identité d’un individu se construit dans son histoire propre, ses aléas, les influences. L’autonomie potentielle des individus est beaucoup plus limitée ou développée par le conditionnement culturel et social que par le hasard génétique».
CLONAGE
- « Bientôt des enfants embryonnaires seront clonés et élevés pour fournir des organes que l’on vendra pour que les plus riches s’offrent des greffes qui les sauveront. Un commerce qui existe déjà dans plusieurs pays de l’Est et en Asie ».
- « La destruction de la filiation peut mettre en danger l’équilibre psychique car l’enjeu vital de la vie psychique c’est de se différencier. Or, avec le clonage on est en pleine confusion des identités. On ne sait pas à quelles perturbations psychologiques on expose l’enfant ainsi mis au monde ».
- « Le bilan actuel du clonage chez les mammifères montre que la technique est loin d’être au point : le taux d’échec est énorme: de 95 à 97%. Voilà pourquoi il est scandaleux d’appliquer cette technique à l’être humain ».
- « Socialement et psychologiquement, le génome ne fait pas l’identité d’une personne. C’est la filiation qui crée l’identité sociale et forme le socle de l’identité psychologique. Une clone femelle peut avoir 5 mères : la mère donneuse de noyau, la mère donneuse de l’ovule, la mère porteuse, la mère allaitante, la mère génétique, celle qui a donné naissance à la donneuse de noyau. Il y a dans tous les cas un père génétique, mais c’est le grand-père ! ».
FECONDATION IN VITRO
- « Grâce au diagnostic préimplantatoire, remarquable prouesse technique, le ‘choix d’embryons’ devient ainsi possible. Plusieurs ovules sont habituellement fécondés ; autant choisir le meilleur, celui dont l’analyse révèle le moins de ‘tares’ et le plus de qualités, celui qui a tiré le bon numéro à la loterie de l’hérédité. Ainsi plusieurs vies ont été créées et une seule sera gardée. On rentre dans un processus de sélection de l’être humain, le rêve de l’homme parfait, le début de l’eugénisme. Pour obtenir un enfant, je suis prêt à en concevoir 9 qui mourront. N’y a-t-il pas une contradiction entre le désir d’enfants et la réalité cruelle de la mort des autres ? »
DIAGNOSTIC PRENATAL
- « Mieux on connaîtra les maladies génétiques, plus on aura d’informations sur les risques encourus par un individu, plus on se posera la question : est-ce que cet enfant mérite vraiment de vivre ? Doit-on le laisser naître ? »
- « S’il existe bien quelques traitements à prodiguer à la suite d’un diagnostic prénatal, il n’y a pour la majorité des diagnostics qu’une option : l’avortement. C’est la seule forme de médecine qui traite une maladie en éliminant le malade »
- « Les personnes handicapées perçoivent de plus en plus le diagnostic prénatal comme une forme de discrimination sociale à leur encontre. C’est un moyen technologique au service de la majorité en bonne santé pour créer des préjugés sociaux envers la minorité handicapée. Qu’est-ce qui nous permet de dire que la vie d’un mongolien ne vaut pas la peine d’être vécue et qu’elle n’est rien d’autre qu’un fardeau insupportable pour ses parents, la communauté ».
- « On estime que dans la seule ville de Delhi, 70% des avortements ont pour cause la présence d’un fœtus femelle. Les parents considèrent les filles comme un fardeau économique. L’élimination systématique des fœtus femelles a rompu l’équilibre social de sorte qu’il n’y a actuellement que 927 femmes pour 1 000 hommes. Les équilibres démographiques sont rompus ».
DON DE GAMETE
- « S’il est possible de donner anonymement à une clinique, cet anonymat n’existe pas aux yeux de Dieu. Un homme ou une femme devient père ou mère, et doit porter la responsabilité de cet enfant. Dieu a créé le couple avec des liens affectifs et physiques qui engendrent des vies nouvelles, pas seulement par leurs gènes, mais également par leur histoire et leur présence, leur accompagnement ».
En cette ère d’avancements technologiques et de découvertes, plusieurs barrières qui limitaient le pouvoir de l’homme sur la nature ont été repoussées. Ce pouvoir donne maintenant à l’homme la possibilité de modifier l’ordre des choses précédemment défini par les lois régissant la nature. L’homme peut désormais modifier ses caractéristiques fondamentales en modifiant de façon précise son code génétique.
Or, il existe 2 positions possibles sur le sujet des manipulations génétiques. Certains sont pour, prétextant par exemple que cela permettrait de sauver des vies, alors que d’autres sont contre, prétextant par exemple que ce qui devait arriver doit arriver et qu’on ne doit pas forcer des changements qui avec le temps pourraient nous être néfastes.
Gageons que frère Samuel va éclaircir notre compréhension des enjeux.
« La sciences des choses extérieures ne nous consolera pas de l’ignorance de la morale au temps de l’affliction » B Pascal
Jean Renaud d'Elissagaray
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