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    [Invitation > Thème : Le péché originel]
le 14 Janvier 2010 à 20h45

Le péché originel

Une pomme, deux poires et beaucoup de pépins. La pomme était au moins une 'golden' pour avoir contribué à précipiter toute l'humanité dans l'embarras éternel du péché originel !

Saint Paul s’étonne de cette présence du mal en lui, si profonde, de cette emprise des forces du mal sur sa volonté et sa liberté : «Je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais. Le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais». On pourrait dire que, pour Paul, le péché originel n’est pas un article de foi, mais une donnée d’expérience !

Nous sommes tous confrontés au mal et nous butons tous sur cette question complexe.

Comme d'habitude, je m'efforce à travers cette invitation d'être le porte parole des participants aux conférences et j'essaye de relayer les questions que j'ai pu entendre formuler sur le thème.

Récemment, un ami des conférences de Samarie m’expliquait, péremptoire : «Dans toutes les religions, il y a une clé d’enfermement. Chez les chrétiens, c’est le péché originel" . Et il continuait : "Un péché dont nous ne sommes pas responsables pèse sur nous, change le cours de l’histoire humaine, suscite culpabilité et peur de Dieu. Selon la doctrine du péché originel, un enfant naît pécheur et donc punissable. Difficile à comprendre ! Tous les enfants sont nés innocents. Est-ce qu'un enfant de trois ans va en enfer ? Ils peuvent faire des bêtises parfois, mais ils n'ont pour intention que d'expérimenter afin de découvrir les règles. La croyance que chaque enfant qui nait porte sur lui le péché d'Adam dénie la justice de Dieu qui pardonne et qui ne punit pas une personne par la faute d'une autre".

Une direction souvent prise pour réfléchir à ce sujet est celle du mythe, le mythe qui nous aide à supporter le caractère éminemment darwinien de notre histoire, celle de la survie difficile en milieu hostile. Je m'explique. Derrière le péché originel, ne se cache-t-il pas l'effroyable combat du mal contre le bien, qui pourrait être vu comme l'aiguillon impératif pour l'amélioration de l'espèce: le plus fort contre le plus faible, le plus rapide contre le plus lent, le plus intelligent contre le plus simplet, le plus beau contre le plus laid, le plus rusé contre le plus abruti. Simple question de survie : le péché original pour éclairer, aider à supporter, vivre avec la difficile et cruelle évolution de l'espèce humaine. Pourquoi pas ?

Autrement dit, l’histoire d’Adam et d’Eve n'est-il pas un récit poétique où chaque détail a valeur de symbole. La fameuse scène de la cueillette par Eve du fruit défendu offre une image évidemment suggestive de la tentation, et de la manière dont on y succombe en se donnant bonne conscience. On a épilogué à l’infini sur cette scène (et sur le fruit, dont en Occident on fit une pomme en donnant ce sens erroné au mot latin ‘pomus’ qui signifie fruit). N'est-ce pas un récit mythique au sens noble du terme : il permet de comprendre et d’assumer sa condition humaine. Le serpent est introduit ici pour une raison théologique : sa présence n’explique pas le mal dans le monde – il reste mystérieux – mais permet de le penser. Mais on en revient à priori à la case départ.

Cela se complique quand les théologiens prennent la parole et expliquent doctement que le mal n’est pas le fait de Dieu – toute la création est bonne. L’homme n’en est pas non plus totalement responsable. Il va y participer. Il va le propager. Mais l’homme n’est pas pervers dès l’origine. Le serpent lui préexiste. Pourtant l’homme est souvent responsable : le serpent est une des créatures qu’il vient de nommer, et sur laquelle il avait donc pouvoir. Il n’y pas ici de démon à la puissance incontrôlable par l’homme.

Ou bien, Adam ne doit pas être considéré comme un individu historique, mais comme un être collectif. Cette lecture est du reste conforme à la juste manière de recevoir les récits des origines. Ils répondent aux grandes questions de l’homme. Ce sont des récits «ontologiques» et non pas historiques. Ils ne disent pas: un jour, cela s’est passé comme ça, mais : toujours, cela se passe comme ça.

On peut aussi renverser la vision des choses. C’est parce que Jésus apporte le salut à tous les hommes que Paul présente Adam comme apportant le péché à toute l’humanité. Ce n’est pas la doctrine du péché originel qui est première et fondamentale, mais la conviction que nous sommes tous placés sous la miséricorde de Dieu. Ou est l'alpha et où est l'oméga ?

Le dogme du péché originel a tenté de répondre à la question du mal, de la haine et de la souffrance. Mais, au moment où l'Eglise tendait à minorer cette doctrine, une théorie équivalente voyait le jour sous la plume de Freud. Dans les deux cas, les mêmes préoccupations sont travaillées : d'où vient la souffrance ? Pourquoi l'homme est-il responsable du mal qu'il trouve en naissant ? La question du péché originel renvoie par ailleurs à celle de l'autorité paternelle. Elle permet d'analyser l'existence de l'individu moderne au sein ... d'une société où la place du père n'est plus reconnue. Une carence qui explique pour partie la difficulté du sujet à se construire, sa vulnérabilité à se situer face aux discours ambiants, ceux des médias ou de la science. Au sens symbolique, l'homme souhaitait échapper au jugement de Dieu, mais quel sera le prix de cette liberté, de cet orgueil ?

La tentation du serpent nous dit que le péché est toujours 'déjà là', que le péché est d’origine. Que l’Adam, tout homme, est dès l’origine tenté de se rebeller contre Dieu. De refuser l’Amour qui est son origine, pour se placer en rival de Dieu, pour prétendre qu’il peut se donner à lui-même la vie et le sens de sa vie, en dehors de la relation d’origine qui le fonde et le fait vivre. Le récit de la Genèse nous révèle la nature de ce «péché d’origine» : il naît de la méfiance de Dieu. Le serpent dit à Adam : Dieu ne veut pas ton bonheur…

La femme est tentée de passer de la confiance en la Parole de Dieu à la connaissance directe. Le péché s’est supprimé dans sa vie la nécessité de faire confiance à l’autre et à Dieu, en se croyant capable de connaître par soi même la totalité du monde. Or cette connaissance est impossible pour l’homme, c’est prétendre devenir comme Dieu. La boucle est bouclée.

Si de toute éternité, Dieu voulait donner sa Vie aux hommes, et si, de toute éternité, les hommes avaient comme vocation de recevoir cette vie et d’accomplir leur désir, le « péché originel » était la manière de dire qu’aucun homme n’a été capable de vivre la Vie de Dieu par ses propres forces. Par nature, l’homme est limité, et, au lieu que son désir d’absolu le porte vers Dieu, il s’absolutise lui-même et fait ainsi son propre malheur. Comment s'en sortir ?

Finalement, l’éloignement de l’Eden n’est-il pas une chance pour l’homme malgré les apparences ? Cette mise en marche de l’homme est une manière positive de dire que celui-ci a une histoire dans laquelle il peut agir.

Remarquons aussi que le péché originel n’est jamais mentionné dans les Evangiles, ni dans le Credo. Pourquoi ?


Jean-Renaud d'Elissagaray

 

 

 

 

 

 

 

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