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Édito de la conférence sur le thème: Le pardon et la confession
Le pardon et la confession
 
Emmanuelle VIGNES
Consultante Coach, mère de 2 enfants

Le pardon et la confession
le 17 juin 2010

La confession : une attitude hypocrite ?

Un ami athée me disait récemment de façon ironique : « la plupart des catholiques sont des schizophrènes et des hiprocrytes : ils mentent, volent ou trompent leur conjoint et vont se faire pardonner dans la foulée, ce qui ne les empêche pas de recommencer ».

Cette remarque m’a longtemps fait réfléchir. Combien d’entre nous sommes allés plusieurs fois nous faire pardonner la même faute ? Est-ce pour autant qu’il faille considérer qu’il y ait derrière cette démarche sacramentelle quelque chose de l’ordre de l’hypocrisie ou de la facilité ?

Une démarche qui n’a rien de facile

Il me semble que les personnes qui ne se confessent pas ignorent – ou oublient - à quel point la démarche est « coûteuse ». A fortiori quand le péché est lourd. Il faut s’organiser pour trouver du temps. Se renseigner sur les horaires. S’y rendre - et non plus trouver mille occasions prioritaires à celle-ci. S’offrir tels que nous sommes. Nus. Et lâcher… Je nourris personnellement une grande admiration pour ces gens, fussent-ils récidivistes ou pas, qui se présentent face à un prêtre - qu’ils ignorent - pour lui livrer le plus intime et le plus dur. Et je trouve déplacé de porter un jugement sur leur démarche.

Chute et rechutes

Cette année, lors du chemin de croix, un prêtre de notre paroisse nous rappelait ceci : « Troisième tableau : Jésus tombe. Il ne veut pas seulement nous porter, il veut tomber. Il vient chercher tous ceux qui sont tombés ». Au septième tableau, Jésus tombe pour la deuxième fois. « Nous n’arrivons pas à nous servir de notre première expérience d’échec pour ne pas retomber » nous dit encore le prêtre. Jésus semble nous dire : « Je sais que tu es tombé et que tu vas tomber à nouveau. Je te choisis quand même ». Neuvième tableau, Jésus tombe pour la troisième fois. « Il prend nos chutes répétées. Malgré les confessions, nous répétons nos fautes. C’est le grand mystère de l’espérance. Quand on tombe, on se dit : voilà, ça recommence. Et cela nous agace. Le Seigneur n’est pas agacé. Il nous dit : Je suis là. Est-ce que tu m’aimes vraiment ? Tu n’as pas à t’agacer. Moi, cela ne me gène pas. Est-ce que tu m’aimes ? ».

Un acte d’amour réciproque

Ce qui est très beau ici (et c’est un euphémisme), c’est de réaliser à quel point mettre le Seigneur au cœur de nos vies – notamment lors d’une démarche confessionnelle – apporte une dimension bien plus profonde que nos considérations intellectuelles. Il ne s’agit plus de « schizophrénie du chrétien », d’hypocrisie, de décharger sa culpabilité. Il s’agit d’Amour. Il y a quelque chose qui nous échappe, quelque chose que seul le Seigneur est capable de faire. Bienheureux celui qui touche du doigt dans son cœur, dans sa chair et non dans sa tête, l’infinie miséricorde de Dieu.

La confession ne doit pas être un acte isolé

Ce serait magnifique si la confession, si le pardon de Dieu nous protégeait à jamais d’une rechute. Mais où serait notre liberté ? « Dieu nous veut libres » disait encore un prêtre. Espérer l’immunité par ce sacrement serait de l’ordre de la pensée magique ! Le pardon, même divin, n’empêche pas de nouvelles tentations. Il y aurait beaucoup plus de gens dans les confessionnaux !

« Trois choses sont absolument nécessaires contre la tentation : la prière pour nous éclairer, les sacrements pour nous fortifier et la vigilance pour nous préserver. » Cette parole du Curé d’Ars (qui passait l’essentiel de ses journées à confesser) nous rappelle que le sacrement de réconciliation ne doit pas rester une démarche isolée dans notre vie de chrétien. Elle doit être associée, entre autres, à la prière, aux autres sacrements - comme le mariage par exemple - et à notre volonté.

Culpabilité et contrition

Yves Boulvin (écrivain, chroniqueur, thérapeute catholique) disait récemment dans une de ses chroniques matinales sur Radio Notre Dame, qu’il faut différencier culpabilité et contrition. « Pour la plupart d’entre nous, nous avons beaucoup appris à être coupables. » En substance, il nous rappelle que se sentir coupable c’est prendre conscience de la gravité de son acte et que cela a du sens. Mais que la « culpabilité ne sert à rien, contrairement à la contrition : je regrette Seigneur et cela me déchire le cœur ». Yves Boulvin ajoute cette phrase : « On se déculpabilise en culpabilisant ». Alors que c’est « lorsque nous entrons dans une réelle démarche de contrition que nous cela nous amène au changement ». Il n’y a pas de démarche de changement lorsque nous nous « roulons » dans notre culpabilité.

Le curé d’Ars nous redit ceci : « Il y en a qui disent : j’ai fait trop de mal, le bon Dieu ne peut pas me pardonner. » C’est un gros blasphème. C’est mettre des bornes à la miséricorde de Dieu, et elle n’en a point, elle est infinie. »

Si nous faisons en vérité la démarche de réconciliation, Dieu nous rouvre les bras dans son infinie miséricorde. Je ne crois pas que le message soit : « Tu peux fauter autant de fois que tu le veux, tu seras toujours pardonné ». J’entends plutôt : « A chaque fois que tu trébucheras, que tu te feras mal et que tu désireras te repentir et progresser en profondeur, je serai là ».

Purifier son cœur pour L’accueillir

Celui qui a expérimenté le pardon de Dieu, a déjà vécu dans sa chair cette incroyable sensation de légèreté. Dieu nous enlève ce fardeau, ce sac à dos de trente kilos ou de mille tonnes qui nous empêche d’avancer librement dans notre vie de chrétien. Que nous en ayons tous les matins conscience ou non, nous portons nos fautes comme des misérables. Certaines d’entre elles sont lourdes. Nous-mêmes avons du mal à les supporter dans notre for intérieur. Parfois, elles nous sautent à la figure au moment de la communion. Puis-je honnêtement accueillir le corps du Christ aujourd’hui ? Mon cœur est-il suffisamment pur ? Qui n’a pas ressenti une profonde tristesse lorsque cela n’était pas le cas ?

Accueillerons-nous notre meilleur ami – ou une relation de travail avec laquelle nous ne sommes pas intimement liée ! - dans un appartement en désordre, sale et malodorant ?

De la confession à la réconciliation

Lorsque j’étais en primaire, les religieuses nous « imposaient » la confession le mercredi matin. Le prêtre nous demandait de faire la liste de nos péchés dans la petite chapelle avant de lui soumettre notre inventaire dans le confessionnal. Beaucoup de personnes ont encore en tête cette vision de la confession. Une litanie vide de sens. Il nous est possible également de saisir, au travers du sacrement de mariage, le sens du « sacrement de réconciliation ». En demandant pardon sincèrement à notre conjoint, nous vivons humainement un rapprochement, une – humaine - réconciliation. Au risque d’enfoncer une porte ouverte, il y a bien plus que le pardon dans la démarche de réconciliation. On pose un acte d’amour : « nos différents nous ont éloignés l’un de l’autre, j’ai l’intime désir de me rapprocher de toi en te demandant ou en acceptant ton pardon ». Avec Dieu, la démarche est similaire si j’ose dire : avec le souhait de progresser, nous nous rapprochons de Celui que nous aimons et qui nous aime au delà de tout.

Le sacrement de réconciliation : une attitude modèle qui rend heureux !

L’infinie Miséricorde de Dieu est également une attitude « modélisante » bien que nous ne puissions pas égaler la puissance de Son pardon. Elle nous incite à pardonner aux autres et à nous-mêmes !

« Son plus grand plaisir est de nous pardonner. Donnons donc cette joie à ce bon Père : revenons à lui et nous serons heureux ».

Et laissons les sceptiques nous traiter de schizophrènes…

La vérité (le chemin et la vie) est ailleurs.

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