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Philippe
de Cuverville
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L'option préférentielle pour les pauvres
jeudi 20 mai 2010
Le pauvre c’est celui dont Mathieu 2 nous parle dans l’Evangile. Être une personne pauvre ne se limite certes pas à être victime de la seule indigence matérielle. Pour autant celle-ci ne peut être trop facilement éludée au prétexte qu’elle n’est pas tout. Arrêtons-nous un instant sur quelques chiffres : 1,2 milliards de personnes sont en situation de pauvreté extrême sur notre planète. Celle-ci est définie comme le fait de disposer de moins de 1 Dollar US par jour. Cela signifie que près de 1 personne sur 5 parmi les 6,8 milliards de personnes présentes sur la planète sont victimes de la pauvreté. Nous réalisons bien que ce seuil de prise en compte est très bas et très en dessous du point à partir duquel une personne est confrontée à cette situation dans nos pays développés. C’est dire combien ce chiffre est sous-évalué. Il ne s’agit pas de tomber dans le travers de l’interprétation marxiste des écritures contre laquelle précisément nous mettait en garde Jean Paul II. Nous ne pouvons néanmoins profiter de la juste condamnation de la théologie de la libération pour nous soustraire à nos responsabilités et échapper à ce que le Christ lui-même nous demande. Plus de 200 fois le mot « pauvre » est prononcé dans la Bible sans parler des autres termes qui recouvrent la même réalité. Ces mentions sont là pour nous interpeller.
Dans les statistiques mentionnées ci-dessus n’apparait, si j’ose dire, que la pauvreté matérielle. Il n’est donc tenu qu’un compte très partiel des personnes nombreuses, cachées dans les Ecritures derrière le mot pauvre.
La solitude est une autre traduction de la pauvreté. Benoit XVI 3 nous indique même qu’elle est à la source de nombreuses manifestations de la pauvreté. Les médias nous rapportent par exemple le cas horrible de cadavres de personnes qui, bien que n’entrant pas dans les critères matériels rappelés ci-dessus, sont retrouvés dans leurs appartements de nos riches cités, parfois depuis plusieurs semaines après leurs décès.
La pauvreté est aussi rencontrée chez la personne atteinte de son intégrité morale, dans la confrontation à des situations personnelles ou sociales difficiles ou insurmontables. C’est le cas de cette femme délaissée face à une situation de grossesse non désirée (210.000 IVG pratiquées en France chaque année), c’est aussi le cas de cette personne malade, handicapée ou en fin de vie, ou bien encore de ce détenu à la prison ou lors de sa sortie…
C’est encore le cas de cette personne qui ne trouve pas sa place dans la société, qui est écartelée et qui souffre en son fort intérieur de ses relations difficiles avec les autres, et qui souffre moralement, en silence. La liste de ces situations de précarité ou d’exclusion n’est malheureusement pas exhaustive…
Mais alors que nous demande Jean Paul II ?
Ne nous y trompons pas; face à toutes ces formes de pauvreté, il ne nous demande rien de moins que d’agir chacun avec nos moyens; il ne nous demande rien de moins que ce que nous demande le Christ. Il ne s’agit pas d’une option, au sens d’une proposition facultative, comme cela pourrait être malicieusement compris de la traduction retenue de son discours. L’attention à porter aux pauvres 4 est un devoir, il ne s’agit nullement de s’encombrer mais au contraire il s’agit de s’alléger en distribuant l’amour, la charité. Il est si doux de se défaire de l’amour, qui ne prend toute sa dimension que lorsqu’il est offert. Dans son article 2446 le Catéchisme de l’Eglise Catholique s’appuyant en outres sur les pères de l’Eglise nous dit : « Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne leur faisons point de largesses personnelles, mais leur rendons ce qui est à eux.».
Alors agissons. Les moyens sont nombreux au moins aussi nombreux que les formes de pauvreté, c’est dire les possibilités que nous avons pour remplir ce devoir, pour répondre à cet appel. Sans parler de l’évidente aide matérielle, la disponibilité à l’écoute, l’accueil, le sourire, la formation, la solidarité, l’engagement sous toutes ses formes sont autant d’attention que nous pouvons mettre en œuvre dans la charité. La parole de Dieu est très explicite quand à nos responsabilités, n’évitons pas le Christ, il est venu pour nous inviter à le rencontrer dans l’altérité, et plus particulièrement s’il s’agit d’une personne pauvre.
Ceci est notre mission à chacun d’entre nous, vis-à-vis de la personne dont nous sommes le prochain.
2 : Mt 5 et 25
3 : Caritas in veritate 53
4: Simone Weill « Attente de Dieu » Fayard p96 « Les malheureux n’ont pas besoin d’autre chose en ce monde que d’hommes capables de faire attention à eux.»
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