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La réincarnation est-elle compatible avec la foi chrétienne ?

Il est légitime de s'interroger sur le thème : " La réincarnation est-elle compatible avec la foi chrétienne ?"
En effet, selon les statistiques, 25% des baptisés à travers le monde occidental adhèrent à l'idée de réincarnation. Au Québec, 18% de la population pense qu'après la mort «chacun continue à vivre en se réincarnant en quelque chose d'autre.
Une question se pose immédiatement. "La réincarnation fait passer par diverses vies terrestres. Si je suis un soldat romain au I° s., un serf au XII° s, Napoléon au XIX° s., Brigitte Bardot au XX° s., une question se pose : au bout du compte, qui suis-je ? ".
Les premiers chrétiens (ou au moins une partie d'entre eux) croyaient en la réincarnation, mais cette croyance aurait été censurée et déclarée hérétique au deuxième concile de Constantinople, pour des raisons politiques. Ces raisons politiques étaient d'intenses conflits de pouvoirs entre l'Empire romain d'Orient et l'Empire d'Occident (Rome et Byzance), entre les différentes églises et patriarcats de la chrétienté des premiers siècles, et surtout des conflits théologiques importants entre les différentes obédiences des premiers chrétiens, à une époque où la doctrine chrétienne faisait encore l'objet de vifs débats : origénisme, monophysisme, nestorianisme, orthodoxes, etc.
Aujourd'hui, certaines personne pensent que la réincarnation va les amener facilement à l'accomplissement d'eux-mêmes. Ils s'imaginent qu'ils vont progresser d'une vie à l'autre pour finalement atteindre le nirvana et qu'ils ne vont plus jamais souffrir. Ils pensent qu'une seule vie n'est pas assez pour atteindre cet accomplissement d'eux-mêmes. Combien de vie est-ce que cela va prendre ? 1000 ? Ils oublient que dans la théorie de la réincarnation, la prochaine vie n'est pas nécessairement une vie meilleure, mais cela peut même être l'opposé.
L'idée de l'existence d'un Dieu n'a pas la même importance dans les sagesses orientales que dans religions monothéistes. L'esprit qui a habité l'homme cherche à accéder à la purification, à la perfection d'une vie qui lui donnera enfin le repos, débarrassé de toutes les contingences humaines: le nirvana. Pour les Hindous monothéistes, la réincarnation s'achève lorsque l'âme individuelle s'abandonne à Dieu (à la divinité), dans cette vie. Au moment de la mort du corps physique, l'âme se libère de la matière et retourne au royaume de Dieu, d'où elle tombée depuis les temps immémoriaux.
Les tenants de la thèse de la compatibilité chrétienne avec la réincarnation s'appuient sur certains passages des Évangiles, qui comporteraient selon eux des allusions voilées à la réincarnation. Ils soulignent que, si les Pères de l'Église ont condamné la doctrine de la métempsycose, on trouve plusieurs allusions ambiguës, qui montrent qu'elle était au minimum "dans l'air du temps". Ainsi par exemple chez saint Augustin, sans doute le plus influent de tous les Pères de l'Église, dans ses Confessions, on trouve : « Dis-moi, Seigneur... dis-moi, mon enfance a-t-elle succédé à un âge que j'aurais vécu, interrompue par une mort précédente ? Était-ce celui que j'ai passé dans le sein de ma mère ?... Et avant cette vie, Ô Dieu de ma joie, me trouvais-je quelque part, ou dans un autre corps ? Pour répondre, je ne trouve personne, ni père, ni mère, ni l'expérience d'autrui, ni ma propre mémoire. »
Un autre exemple est souvent retenu par ces personnes dans l'Évangile selon Jean Ch.3 (Jésus et Nicodème) : « Jésus lui répondit : “ Oui, je te le déclare, c’est la vérité : personne ne peut voir le Royaume de Dieu s’il ne naît pas de nouveau. ” [...] Ne sois pas étonné parce que je t’ai dit : “ Il vous faut tous naître de nouveau. ” »
Ils citent également ce passage où les prêtres et les Lévites demandent à Jean-Baptiste « Es-tu Élie ? ». Il existe en effet un courant de la tradition juive qui pense que le jugement dernier sera précédé par un retour sur terre du prophète Élie[13]. Jean-Baptiste répond : « Je ne le suis pas » (Jean 1:21), mais la simple existence de la question est considérée par certains comme un signe de la croyance en la réincarnation. « Et les disciples lui posèrent cette question : "Que disent donc les scribes, qu'Élie doit venir d'abord ?" Il répondit : "Oui, Élie doit venir et tout remettre en ordre ; or, je vous le dis, Élie est déjà venu, et ils ne l'ont pas reconnu, mais l'ont traité à leur guise. De même le Fils de l'homme aura lui aussi à souffrir d'eux". Alors les disciples comprirent que ses paroles visaient Jean le Baptiste. » (Matthieu 17:12,13). Certains en ont là encore conclu que Jean-Baptiste était la réincarnation d’Élie. Mais la littérature juive antique refuse l’idée de réincarnation. Il faut donc plus probablement comprendre que Jean-Baptiste est un autre Élie : ce qu’Élie était pour son temps, Jean-Baptiste l’est pour le sien (et ce d'autant plus, comme nous l'avons vu plus haut, que l'esprit d'Élie a pu inspirer Jean-Baptiste).
Il y a également cette question ambiguë que posèrent les disciples, dans l'Évangile de Jean (9:2) à Jésus-Christ, à propos d'un aveugle de naissance : « Rabbi, qui a péché ? Cet homme ou ses parents, pour qu'il soit ainsi né aveugle ? ». Ce qui pourrait être interprété comme suggérant l'existence d'une autre vie (et donc de péchés) avant celle-ci. En fait, il s'agit ici vraisemblablement d'une question rhétorique. En effet, dans la tradition biblique, il est coutume de croire qu'une maladie peut être une malédiction provenant d'un péché commis par soi-même ou un membre de sa famille.
Certains versets du Coran sont parfois interprétés comme allant dans le sens de la réincarnation. Par exemple au verset 28 de la deuxième sourate, "La Vache" (Al-Baqara), il est dit : « Comment pouvez-vous renier Allah alors qu'il vous a donné la vie, alors que vous en étiez privé, puis Il vous a fait mourir, puis Il vous a fait revivre et enfin vous retournerez à Lui ».
Dans la foi catholique, le mot " réincarnation " n'existe pas. Il faut donc bien le distinguer de deux notions qui lui sont proches. A cause de cette proximité, certains chrétiens pensent que la réincarnation est compatible avec leur foi. Les deux mots chrétiens sont : incarnation et résurrection. Incarnation (in-carne) exprime le fait historique de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. "Le Verbe s'est fait chair", dit saint Jean. La résurrection exprime la victoire de ce même Jésus sur la mort. Lui qui a été crucifié, le troisième jour, il est ressuscité des morts et il vit désormais éternellement auprès de Dieu, communiquant aux homme la vie de Dieu. La réincarnation, elle, exprime en Occident une transmigration de la même âme à travers plusieurs corps, au cours de vies successives, et dans le seul horizon terrestre. Cela est totalement opposé à la foi chrétienne. Déjà au troisième siècle, Origène, le grand théologien, disait : " La doctrine de la réincarnation est étrangère à la doctrine de l'Église; elle n'a pas été enseignée par les apôtres et on n'en parle nulle part dans les Saintes Écritures ".
Croire en la théorie de la réincarnation donne-t-il l'illusion que nous allons nous sauver à travers nos propres efforts ? La réincarnation est-elle la condition naturelle de l'évolution spirituelle de l'être humain ? La réincarnation permet-elle un progrès de l'esprit ? A-t-elle une fonction de maturation et d'apprentissage continu ? La création, de la faute originelle, du purgatoire, du salut, etc., ne pourraient-elles pas être renouvelées par l'acceptation de la réincarnation ? La réincarnation, comme la résurrection, fait-elle espérer une vie meilleure et la fin, un jour, de nos souffrances ?
Jean-Renaud d'Elissagaray






