| Il y a 194 enregistrements à votre disposition, soit plus de 268 heures enregistrées. A date, le nombre de téléchargement s'élève à 30254 depuis 2007. |
L'Eglise est-elle démocratique et/ou démocrate ?

le 12 Janvier 2012 à 20h45
L’actualité met en exergue le thème de notre prochaine conférence. En effet, on entend de plus en plus des mouvements qui appellent à plus de démocratie dans l’Eglise, comme «l’Appel à la désobéissance» autrichien, «Nous sommes l’Église», le manifeste Kirche 2011 de 144 théologiens allemands, le Réseau des parvis, et bien d’autres.
L'histoire de l'Occident n'a que trop démontré à quel point les structures de la monarchie ont façonné l'Eglise, marqué les relations de pouvoir ou d'autorité en son sein, identifié des papes par exemple à des monarques à la souveraineté absolue et immédiate sur l'ensemble des fidèles. L’Eglise catholique a largement adopté, dans son système de gouvernement comme dans son organisation interne, des éléments de monarchie, sinon par une volonté expresse, du moins à la suite d’un préjugé : la monarchie paraissant tellement « naturelle » et propre à tout bon gouvernement, on ne voyait guère de raisons de ne pas se conformer à un modèle politique « mondain », et l’on en est venu à tenir pour acquis, par exemple, que le pape est un monarque et que l’Eglise elle-même est une immense pyramide commandée par un souverain tout-puissant.
Dans son De Romano Pontifice, Robert Bellarmin affirme que l’Eglise ne peut pas être une démocratie parce que, dans un tel régime, dit-il, les magistrats sont élus et révoqués par le peuple, ce que ne sont pas les évêques.
Alors, qu’est-ce que l’Eglise? L'Eglise est-elle démocrate, doit elle fonctionner comme une démocratie ? L’Eglise est-elle une quasi-monarchie avec le pape comme souverain à sa tête, ou autre chose ? L'expérience spirituelle peut-elle être soumise au vote ? Comment la démocratie peut-elle s'appliquer à des questions de dogme comme : Jésus a-t-il ressuscité ? La démocratie n’est-elle pas le moins mauvais régime, sinon le meilleur, et par conséquent, le Christ ne peut que l’avoir voulue pour son Eglise...
Comment des citoyens démocrates, partisans du contrôle des pouvoirs, de l'élection de leurs responsables à tous les niveaux de la vie sociale, de la participation dans toute la mesure du possible au destin de la Cité, abandonneraient-ils ces exigences en franchissant le seuil de leurs églises ? Ne serait-il pas schizophrénique d'être démocrate dans son pays et d'y renoncer dans la vie de l'Eglise ?
Prenons un exemple. Ne serait-il pas important que le peuple de Dieu soit davantage consulté sur la vie de l’Eglise et sur la nomination des responsables, par le biais d’une synodalité régulièrement pratiquée ? Répondre à des demandes démocratiques s’impose, non point par idéologie, mais parce que des nominations d’évêques sans l’aval des fidèles, voire contre leur volonté expresse (les exemples actuels ne manquent pas), aboutissent à la paralysie et à la dégradation de l’autorité, locale certes, mais aussi romaine. Cela permettrait également un contrôle des pouvoirs même si, en matière religieuse, il est particulièrement difficile d’avoir à « rendre compte ». Mais pourquoi les responsables seraient-ils dispensés, dans l’Eglise, de justifier leur pastorale et d’en soumettre les effets au jugement des fidèles, ou d’attendre des propositions constructives desdits fidèles ?
Malheureusement, il faut bien le dire, une longue accoutumance à la passivité et à une obéissance feinte fait du peuple de Dieu une troupe docile, inerte, et cette accoutumance renforce les autorités dans une attitude paternaliste. Elles se croient entendues alors que les fidèles suivent bien souvent leur route, surtout en matière de mœurs, sans rien demander à personne ! Ne sommes-nous pas là devant une sorte de cercle vicieux, la passivité des fidèles encourageant d'un côté les autorités à s'enfermer dans des positions suffisantes, à la limite méprisante envers le peuple de Dieu, les autorités d'un autre côté en venant à parler et à agir comme si elles étaient « au-dessus » de l'Eglise, puisqu'elles font en sorte qu'aucune réaction ne vienne les troubler. Et de fait, toute prise de position interrogative est vite taxée de « dissidence », ce qu'elle n'est pas nécessairement. Peut-on s'étonner alors que les paroles des responsables de l'Eglise tombent très souvent dans le vide ? Ou que le « principe d'inertie » des fidèles soit la réponse habituelle à un enseignement répétitif et par là même inaudible ?
Nous autres baptisés ne devons-nous pas être des témoins actifs, aussi bien dans la société que dans la communauté croyante ? Les baptisés ont des droits que le droit canon leur reconnaît (non sans parcimonie toutefois). En sommes-nous conscients ? Les faisons-nous valoir ? Exigeons-nous d'être respectés comme peuple vivant ? Ou abdiquons-nous tout droit et toute exigence de baptisé, une fois franchi le seuil de nos églises ?
Comme le fait systématiquement le Père Samuel, il est utile de se retourner vers les Ecritures :
«Tous les fidèles vivaient unis, et ils mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs terres et leurs biens et ils en partageaient le prix entre tous d'après les besoins de chacun. D'un seul cœur, ils fréquentaient quotidiennement le temple. C'est à la maison qu'ils rompaient le pain et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur […]»
«Personne n'appelait sien ce qu'il possédait : ils mettaient tout en commun… il n'y avait pas d'indigents parmi eux; ceux qui possédaient de terres ou des maisons les vendaient et venaient en déposer le prix aux pieds des apôtres; puis on le distribuait selon les besoins de chacun […]»
Ce sont bien des idéaux que prônent les régimes démocrates et point un régime monarchiste qui ne favorise que quelques-uns sans que le peuple ne prenne de décisions. Démocratie d’accord, mais jusqu’où ?
Si changements il doit avoir, doit-il venir de la base ou du sommet ?
Jean-Renaud d’Elissagaray






