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Quel rapport au temps pour le chrétien ? (PHILIPPE DEWOST)

Philippe Dewost
Entrepreneur
Quel rapport au temps pour le chrétien ?
UNIVERSALITE
Le rapport au temps est d'abord une structure très fondamentale, enfouie à la fois dans tout homme et dans toute culture humaine, qu'on peut considérer comme facteur de civilisation :
- le temps est une manifestation du monde physique, de l'irréversibilité de certains processus et de certaines transformations dont nous pouvons faire l'expérience
- Il s'agit d'abord de l'apprivoisement politique, économique et religieux des multiples cycles de la nature (y compris de la nature humaine)
- On peut ensuite y superposer la capacité de projection individuelle de l'homme dans un lendemain à préserver ou à construire; de là découleront la plupart des grands fondamentaux économiques liés à l'épargne, à l'investissement, jusqu'aux mécanismes les plus élaborés du financement de l'avenir - avec leurs dérives récentes.
- La question du temps pose enfin celle du terme, présente au coeur de la plupart des spiritualités et des religions.
Comme Mircea Eliade l'a très bien démontré dans "Le Mythe de l'Eternel Retour", la mythologie du temps s'exprime d'abord sous forme cyclique dans la plupart des systèmes religieux archaiques, et le recommencement perpétuel est plutôt un gage de stabilité qu'une source d'espérance.
UNIVERSALITE
Le rapport au temps est d'abord une structure très fondamentale, enfouie à la fois dans tout homme et dans toute culture humaine, qu'on peut considérer comme facteur de civilisation :- le temps est une manifestation du monde physique, de l'irréversibilité de certains processus et de certaines transformations dont nous pouvons faire l'expérience:
- Il s'agit d'abord de l'apprivoisement politique, économique et religieux des multiples cycles de la nature (y compris de la nature humaine)
- On peut ensuite y superposer la capacité de projection individuelle de l'homme dans un lendemain à préserver ou à construire; de là découleront la plupart des grands fondamentaux économiques liés à l'épargne, à l'investissement, jusqu'aux mécanismes les plus élaborés du financement de l'avenir - avec leurs dérives récentes.
- La question du temps pose enfin celle du terme, présente au coeur de la plupart des spiritualités et des religions. Comme Mircea Eliade l'a très bien démontré dans "Le Mythe de l'Eternel Retour", la mythologie du temps s'exprime d'abord sous forme cyclique dans la plupart des systèmes religieux archaiques, et le recommencement perpétuel est plutôt un gage de stabilité qu'une source d'espérance.
ACUITE
La minorité "moderne" de notre humanité a fait de cette question du rapport au temps le lieu des souffrances (psychologiques, sociétales) les plus aigues et des espoirs les plus fous.Nous cherchons tous à gagner du temps sans comprendre à quel point il est fondamental de savoir en perdre, avons remplis tous nos petits moments d'ennuis par des outils et systèmes de divertissement et de communication, et sommes nous mêmes effarés de voir combien nos enfants sont capables d'un fonctionnement en multiplex/multitâches qui nous déroute.Ainsi, dans le métro, combien de personnes sont-elles aujourd'hui présentes dans une rame, qui ne sont pas absorbées par la lecture d'un journal, la consultation d'un écran, ou l'écoute de musique, à moins que ce ne soient les 3 à la fois ?
Il devient en effet quasi essentiel de vivre à fond chaque instant, ce qui souvent revient à essayer d'en vivre plusieurs à la fois, et même dans certains cas à distance.Nos sociétés vivent pourtant selon des rythmes plus ou moins artificiels et plus ou moins entretenus, à l'échelle de la journée, de la semaine ou du mois, et paradoxalement, nous avons toujours besoins de "rendez-vous" tout en voulant pouvoir y échapper : la délinéarisation dans la consommation de certains média, les podcasts, la catch up TV sont autant de moyens d'échapper à un rythme dicté par d'autres, mais pour immédiatement essayer de recréer le sien propre.
Enfin, sur le long terme, on ne peut que constater l'importance croissante de la question du temps, ou plus précisément celle de ses effets sur le corps et l'esprit humains, que l'on cherche à atténuer ou du moins à masquer. Cela a commencé avec l'ensemble des soins et produits destinés à modifier la perception de l'âge, des cosmétiques jusqu'à la chirurgie esthétique qui dans certaines cultures est totalement banalisée: au brésil, il n'est pas rare de se voir offrir une paire de seins pour ses 18 ans...Aux Etats-Unis, certains illuminés fortunés tentent déjà de ralentir suffisamment le processus de vieillissement de leur personne afin d'être encore en vie lorsque, selon eux, la science aura fait suffisamment de progrès pour envisager la séparation de l'esprit et de la matière, et par conséquent le maintien indéfini de celui-là !
COMPLEXITE
La question du temps est le fruit d'une superposition de très nombreux cycles d'échelle très différentes ; des cycles naturels (le jour, le mois, l'année) se superposent à d'autres cycles économiques (de quelques années à quelques dizaines d'années selon Kondratieff), et certains cycles climatiques commencent à peine à être compris.
Le politique est quant à lui singulierement limité, en tout cas dans les démocraties, par l'horizon des mandats, en voie de raccourcissement ; tout ce qui engage au delà d'un terme électoral est un risque que l'élu tend de moins en moins à considérer, et seuls quelques régimes autocratiques continuent de susciter à la fois admiration et indignation dans leur capacité à conduire, de manière cohérente et à très large échelle, des politiques à 25 ou 30 ans.
Au delà de cette durée se trouve l'horizon de la génération (qu'on pourrait définir par la prise de conscience simultanée par les parents et les enfants de vivre dans le même monde, même si c'est de manière radicalement différente), qui touche à la démographie, elle-même quasi hors de la portée de l'action politique.Ce triple regard sur la l'universalité, l'acuité, et la complexité du rapport au temps peut d'ailleurs nous conduire à nous demander si la crise actuelle que traverse notre monde n'est pas aussi une crise de désynchronisation d'horizons qu'on avait cru pouvoir aligner pour mieux valoriser toute chose et tout bien.
ET POUR LE CHRETIEN ?
Dans ce contexte, le chrétien me semble être à la fois porteur de modernité, et gardien d'une sagesse.Porteur de modernité, car par son regard porté sur la fin des temps, et donnant sens à l'histoire humaine, le christianisme est sans doute, dans le prolongement du judaïsme, le premier système de pensée à briser les spirales de l'éternel recommencement, permettant d'envisager que demain soit meilleur qu'aujourd'hui, et ouvrant par conséquent la voie aux mécanismes de l'économie moderne.
Au delà de l'attente du salut, le christianisme est également porteur d'un regard sur l'histoire, marquée par l'avant et l'après Jésus-Christ, au terme de la patiente éducation du peuple hébreu par son Dieu.Par l'historicité de l'incarnation, Jésus place le Royaume ici et maintenant, et invite chacun d'entre nous à le suivre dès ici bas, dans notre quotidien. La disponibilité à l'autre ne commence-t-elle pas par la capacité à brûler du temps pour et auprès de lui ? Veiller un malade nous ancre dans la présence et non dans l'agir. Dans les Evangiles, Jésus manifeste le plus souvent sa présence dans l'écoute et le silence...
Enfin, par la promesse du salut, le Christ nous donne également un horizon ultime, au delà de toute vue humaine, et nous rappelle l'importance et la valeur de chaque instant, de chaque rencontre, de chaque acte d'abandon à la Providence Divine.






