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l'Eglise a-t-elle une vision politique, économique, sociale ? (JEAN FAYET)

Jean Fayet
Président Initiatives et changement
L'Eglise a-t-elle une vision politique, économique, sociale ?
J'écoutais récemment un débat sur les résultats du "Grenelle de l'environnement". Des économistes se gaussaient de certains choix, notamment celui d'investir dans l'isolation, sensée coûter 700 Euros pour récupérer une tonne de CO2 et préconisaient le rachat des droits à polluer dans d'autres pays, dont le coût serait aujourd'hui de 45 Euros la tonne. En pure logique, ils avaient raison, mais payer n'est pas un acte qui engage. Il s'agit d'entraîner toute l'humanité dans une dynamique à la taille de l'enjeu. Pour parler de développement durable, il faut des solutions de pointe et d'autres de traitement de masses.
Comme Chrétien, je ne peux me contenter de penser court terme.Présidant l'ONG "Initiatives et Changement", nous organisions à Angers, il y a quelques semaines, un rassemblement d'agriculteurs venus de 18 pays. Une table ronde rassemblait L'Américain Troy exploitant agricole dans l'Indiana à la tête d'une exploitation de 2200 hectares. Assis à côté de lui, l'Indien Shailendra Mahato et son épouse, cultivant 8 hectares et un Kenyan qui lui vivait sur 1/2 hectare. Quand je posais à Troy la question de la survie d'une agriculture aussi contrastée, confrontée aux règles du marché libéral, sa réponse fut immédiate: Nous devons respecter les manières de vivre de chaque pays, la nourriture fait partie de la culture de chaque pays. L'agriculture ne peut être gérée par les règles de l'OMC. Inattendu de la part d'un Américain, vice-président de l'association des producteurs de maïs! L'Indien nous paraissait, dans sa fragilité, naviguer sur d'autres eaux. Il nous parlait de son combat pour refuser l'absorption forcée des industriels qui rachètent leurs terres pour y développer une culture intensive sur le modèle international. Il veut préserver le mode de vie du village: vie intense avec toutes ses richesse sociales. Le Kenyan disait: j'ai planté des arbres selon une méthode agro-forestière qui favorise l'association de cultures différentes et complémentaires. Mes voisins voyant le résultat m'ont imité.On voit là encore que la diversité, c'est la vie, le terreau du progrès. Les USA ont deux fois plus de terres agricoles que l'Europe et pourtant celle-ci produit 1,5 fois le montant en valeur des USA. Ce qui est bien la preuve que la vérité peut se trouver hors de la pensée unique.
Comme chrétien je crois à un plan de diversité voulue par le Créateur.L'Occident est-il condamné à laisser toute production partir vers d'autres horizons moins coûteux et devenir uniquement un pays de services? Comme industriel ayant pendant 7 ans été responsable de la commission qualité de l'automobile en France, j'affirme que pour produire de la qualité il faut que le concepteur ait accès au cercle vertueux d'un cycle complet: développement, industrialisation, production, vente et retour après-vente, bouclant ensuite sur la nouvelle génération qui tiendra compte des problèmes rencontrés pour améliorer le nouveau produit. La délocalisation de la production nous vaut déjà une régression en qualité, demain elle nous vaudra la disparition complète des autres phases de développement et d'industrialisation.
De plus, bien souvent la délocalisation est une solution de courte vue. Par exemple, nous fabriquions du câblage électrique automobile et avions presque mis au point une machine automatique. Mais les constructeurs voulaient une baisse immédiate. Nous avons fermé l'usine Allemande pour en ouvrir une au Portugal, puis nous avons fermé le Portugal pour aller en République Tchèque et enfin aboutir en Lituanie. Quel gâchis d'hommes! Il y a certes à faire une place à la délocalisation, mais dans le respect des hommes, sans sacrifier à un effet de mode lié à la vision à court terme.
Comme chrétien je considère aussi le long terme et l'impact sur les hommes.Le culte du PIB comme seule dynamique de progrès est une vision ni humaine ni chrétienne, il ne mesure pas le bonheur et conduit vers des mirages. La construction de prisons est partie du PIB de même que les jeux vidéos, est-ce la clé du bonheur? De grands Européens suggèrent le développement de critères de convergence qui prendraient en compte des valeurs sociales: la santé mesurée par la durée de vie, l'instruction mesurée par l'illettrisme, la qualité de vie sociale mesurée par le nombre de suicides, de divorces etc. . .
Ces valeurs seraient la mesure de régulation de politiques sociales en Europe amorçant un changement de priorités du PIB, laissées aujourd'hui aux seules forces du marché et de plus en plus tournées vers l'inutile. Comme chrétien, j'adhère pleinement à cette vision du refus de l'inutile.Mon propos ne rejette nullement le mécanisme libéral comme moteur de la dynamique de progrès, mais comme chrétien je ne peux accepter qu'il n'y ait pas de conducteur dans la voiture, un conducteur avec un cœur, un jugement sain, en relation avec l'Esprit, qui intègrera une vision à long terme, qui croira que la diversité est source de richesses, croira à la priorité des besoins réels sur l'inutile et mettra l'homme en premier.
Marie Hélène de Cherisey (la fille de Monsieur Jean Fayet ! ) a déjà co-rédigé un édito






